AGRESSIVITE ENVERS LES CHIENS
Bien que les chiens soient des animaux sociaux
, recherchant le contact avec leurs congénères, ils n'établissent aucunemententre eux des relations égalitaires, contrairement à ce qu'un grand nombre de propriétaires souhaiteraient. En effet, selon les
codes canins, tous les rapports sont hiérarchisés, et on peut même affirmer que le principal sujet de "conversation" entre chiens
est de savoir qui domine qui. Ce n'est qu'une fois que les positions respectives des protagonistes clairement définies que des
relations amicales peuvent se développer.
En général, lorsque deux chiens inconnus se rencontrent, ils s'approchent par le côté, s'immobilisent, se reniflent avec
attention le museau, les oreilles ou l'arrière-train (si le plus assuré lève la queue, le plus timide a tendance à cacher ses
glandes anales en les recouvrant avec son appendice caudal). Cette simple prise de contact est souvent suffisante pour établir
un ordre de préséance. Lorsque les deux sujets ont tous deux un caractère plus affirmé, les signaux deviennent nettement plus
évidents, puisque chacun d'eux va tenter de s'imposer en paraissant le plus fort et le plus impressionnant possible.
Chez le chien, le corps tout entier est source d'expression : oreilles, queue, pattes, poils, maintien corporel ; de nombreux
signaux sonores et certainement olfactifs apportent des précisions supplémentaires. La taille ne joue qu'un rôle minime au cours
de cette "confrontation" ; en effet, il s'agit plus de montrer son degré d'assurance individuelle que sa force physique ; il est
d'ailleurs fréquent qu'un chien de petite taille fasse reculer un gros gabarit !
En situation de challenge, les animaux sûrs d'eux se tiennent droits sur leurs pattes, la tête relevée, les oreilles dressées et
tournée vers l'avant, la queue en position haute ; ils découvrent ensuite leurs crocs (lèvres tirées vers l'avant) et les grognements
s'intensifient, finalement les têtes de baissent, pointant vers le rival. Le dernier défi est de fixer son adversaire dans les yeux.
Dans de nombreux cas, le conflit se règle par des claquements de dents dans le vide ou des morsures inhibées. Il est alors
injustifié de parler d'agressivité, puisque ces mimiques sont là justement pour éviter que le conflit dégénère. Quelquefois
cependant, ce dernier peut se solder pat d'importantes morsures et se prolonger jusqu'à ce que l'un des protagonistes déclare
forfait. Lorsqu'un chien se soumet, il détourne le regard, abaisse ses pattes et sa queue, couche ses oreilles ; il peut essayer de
lécher les commissures des lèvres de son vis-à-vis ; en cas de soumission extrême, il rampe, queue plaquée sous le ventre ou se
couche sur le dos, découvrant ses parties génitales, avec parfois émission de quelques gouttes d'urine.
Tant que la situation n'est pas claire, il est normal qu'un animal qui détient le pouvoir fasse fréquemment la démonstration
de son rang dans le but de confirmer son autorité : il peut, par exemple, plaquer son subordonné au sol, entourer sa gueule
de ses mâchoires, lui donner des coups de gueule sur la tête ou le cou, ses épaules ou son dos, le monter de manière
peudosexuelle.
Bien que tous les chiens soient capables de se battre
quand la situation le réclame, tous ne réagissent pas de la mêmefaçon. Si certains sont d'invétérés bagarreurs, d'autres se soumettent très rapidement devant leurs congénères. Comment
expliquer une telle agressivité ? On observe tout d'abord des différences entre les sexes et ceci dès les premiers mois de vie.
Les mâles se montrent généralement moins tolérants que les femelles vis-à-vis de congénères étrangers et il leur arrive parfois
même, contrairement à une croyance largement répandue, d'attaquer des femelles. Ces dernières quant à elles peuvent se
montrer extrêmement agressives envers d'autres femelles partageant le même toit. Chez le loup également, si un chef de
meute détrôné peut rester dans la meute pour autant qu'il accepte d'être relégué au bas de l'échelle sociale, l'ancienne louve
alpha se trouve souvent dans l'obligation d'émigrer. En cas d'altercation entre mâles et femelles colocataires, les femelles
prennent deux fois plus souvent l'initiative de l'attaque.
Toutes conditions d'élevage identique
, certaines races de chiens (par exemple les terriers) se montrent plus vite agressiveset moins tolérantes que d'autres races à l'introduction d'un membre à la meute. On observe également des différences raciales
en ce qui concerne la distance interindividuelle tolérée : les chiens sélectionnés pour chasser en meute accepte de vivre en
contact étroit avec leurs conspécifiques alors qu'une simple prise de contact (un reniflement du museau par exemple) peut
déclencher des mimiques agressives, voir des attaques chez d'autres races.
Les bagarres évoluent différemment en fonction de la manière dont le chien ressent la douleur. Certains chiens, notamment
les chiens sélectionnés pour le combat, semblent même stimulés par la souffrance et préfèrent se battre, quelquefois jusqu'à la
mort, plutôt que de se soumettre. Attention : ces constatations ne peuvent et ne doivent pas être généralisées à tous les
représentants des races citées ; en effet, à l'intérieur de chaque race, il existe des lignées ayant certaines caractéristiques
comportementales plus développées que d'autres lignées.
Si l'on recherche l'agressivité en sélectionnant des sujets toujours plus agressifs, on peut arriver à des situations aberrantes :
dans certaines lignées de bull-terriers, par exemple, l'intolérance est si grande que la reproduction n'est plus possible sans
insémination artificielle ; la mère elle-même doit porter une muselière pendant quelques semaines car elle répond par des
morsures non inhibées aux cris de douleur de ses chiots et ces derniers doivent être séparés très tôt pour éviter des effusions
de sang ! Certains sujets appartenant à des races sélectionnées pour le combat ne sont plus capable de réagir correctement
aux signaux de soumission émis par leurs adversaires et s'acharnent sur eux. Toutes ces constatations ne devraient pas occulter
les différences individuelles, parfois importantes, que nous pouvons observer entre individus d'une même portée, que ce soient
des chiots, des louveteaux ou des renardeaux.
L'agressivité du chien
est également conditionnée par tout son vécu, par de multiples expériences auxquelles il a étésoumis ou soustrait. Un chien privé de contact au cours des trios premiers mois de sa vie n'a pas pu apprendre le langage des
chiens et peut avoir des difficultés a inhiber sa morsure. Placé face à un congénère, il y a de fortes chances qu'il se comporte
agressivement ou peureusement et qu'à son tour, il soit accueilli de manière agressive. Une mauvaise socialisation aux humains
a des effets néfastes, non seulement sur les futures relations avec les humains, mais également sur les relations entre chiens.
En général, un chien en laisse ou acculé se montre plus agressif, car il ne lui est plus possible de moduler la distance le
séparant de son congénère ; ses mimiques agressives ont pour fonction de rétablir une certaine distance interindividuelle.
La peur éprouvée par le maître lors des rencontres avec des chiens étrangers est aussi susceptible d'augmenter l'agressivité
de son petit compagnon. En effet, le maître traduit sa peur par de multiples microsignaux aussitôt détectés par l'animal et
décodés comme étant des signaux indiquant un danger imminent. Une ou deux répétitions sont suffisantes pour qu'il associe
apparition d'un congénère et danger potentiel qu'il lui incombe d'éloigner au plus vite. Faire mal au chien en tirant trop fort
sur la laisse ou en voulant séparer les deux adversaires n'est pas une bonne idée, cela peut même avoir l'effet contraire. La
présence des membres (humains et canins) de la famille - qui veut provoquer un effet de meute - tout comme les cris ou la
proximité du lieu de vie ont pour effet d'augmenter la tension et l'agressivité des combattants. Le choix d'une race spécifique
à la réputation bien établie n'est pas anodin : en s'attendant à certains comportements, le propriétaire aura tendance à les
renforcer.
© Evelyne TERONI - Comportementaliste canin à Genève
Art. paru dans "Sans laisse" n° 154 - Oct.-Nov 2001
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